Je n’aime pas le fleuve !

Je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de pêcher sur le fleuve Saint-Laurent auparavant. J’avais pris mes habitudes sur la Rivière des Prairies et sur la Mille-Îles pour rester dans le grand Montréal. Las.
Depuis maintenant quelques semaines je sillonne les rives du fleuve dans l’Est de Montréal sans avoir encore trouvé mon bonheur. Je n’ai pas l’habitude de ces conditions de pêche, beaucoup de fond, beaucoup de courant, peu d’herbiers ou du moins peu sont accessibles à gué. J’ai même poussé le vice jusqu’à aller sur les îles de Boucherville pour trouver mon paradis. Rien. Le désert. Non pas qu’il n’y ait pas de beaux endroits mais plutôt que la pêche n’y est pas bonne. Quelques dorés minuscules, un peu de brochet, pas de quoi casser une patte à un canard.
Si en fait elle est bonne ! Elle l’est pour ceux qui plantent un gros vers dodu au bout de 5 onces de plomb (plus de 150 grammes) et attendent que leur canne se mette à danser pour avertir celui qui, bière à la main, se lève d’un seul homme de sa chaise de camping pour se jeter dessus, ferrant tellement fort qu’il en perd l’équilibre.
Je déteste pêcher à la ligne morte, je n’y peux rien c’est comme ça.

Il y a une chose que je déteste par dessus tout : les colons. Ailleurs on dirait les connards, moi je complète toujours, peu avare de superlatifs par les gros jambons, les gros caves.
Je ne sais pas si vous pratiquez les berges du fleuve mais en ce moment il y a une éclosion de colons. On les voit, surtout les fins de semaine sur leurs gros bateaux, passant à des vitesses inimaginables, provoquant autour d’eux un véritable tsunami qui nous arrive jusqu’aux rives à la vitesse du vent.
En règle générale et comme un colon se doit de respecter un certain niveau de prestance, il est rare de le voir muni d’un gilet de sauvetage, comme l’oblige la réglementation. Plus le colon a un grade élevé, plus il a un gros bateau. L’apprenti colon en Seadoo ne laisse pas sa part au lion me direz-vous.
La hiérarchie est ainsi faite que le Saint Graal du colon a la forme d’un cigare-boat, vous savez les gros bateaux bien longs bien pointus qui embarquent des moteurs plus puissants qu’une turbine d’hélicoptère. D’ailleurs comme le colon a tout de même une certaine logique, il aime ça les gros moteurs : ça lui permet de se faire entendre de loin car le son très particulier du cigare-boat est reconnaissable à des kilomètres, le genre de musique qui généralement signifie « tasse toué de là colice ». Le colon parle avec un accent colon, inutile de le préciser.
Là où le colon marque un point, c’est que la loi est claire : le fleuve appartient à tous et chacun doit le partager. Soit !
Là où il a tort c’est que la même loi précise aussi que la liberté d’usage des uns s’arrête là où celle des autres commence. En l’occurrence, le colon n’est pas sensé faire chavirer toutes les chaloupes qu’il croise ni empêcher les gens qui ne font pas partie de sa caste, de pratiquer les berges du fleuve.
À ce propos, celles-ci, sous les coups de boutoir incessants des tsunamis du régiment de colons qui se donnent volontiers en spectacle pour impressionner les chicks botoxisées vêtues d’un maillot une-demi-pièce qui l’accompagnent, ces pauvres berges donc, insensibles elles, au spectacle offert, s’érodent tranquillement, détruisant autant d’habitats et de lieux de fraie des espèces aquatiques.

J’ai été témoin pendant plus de deux heures de ce spectacle accablant durant cette fin de semaine. Les berges occidentales des îles de Boucherville sont sans arrêt soumises à ce régime, si bien que le long des berges l’eau est boueuse sur environ trente à quarante mètres en continu. Les herbiers se désintègrent petit à petit et la turbidité de l’eau repousse la faune. Triste.

Jusqu’où cela ira t-il ? Je n’en sais rien.
L’APSQ qui m’est chère, se bat afin de rendre leurs droits aux citoyens que nous sommes quant à l’accès des cours d’eaux et des lacs publics trop souvent confisquées par et pour des intérêts privées et ce, malgré que ce droit fut reconnu comme un droit fondamental dans notre société Québécoise. J’adhère à cette lutte et je vous invite à vous joindre à nous.
Parfois, l’exaspération et le désespoir me pousse pourtant à penser que certains ne devraient pas pouvoir jouir de certains droits. Je sais, vous m’accuserez de discrimination. Tant pis.
À quand la reconnaissance officielle du colon dans nos textes de loi ?

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