Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…

 

phototruiteenfant2Ça a le style, les fringues, le flou d’époque.
Je vous avais parlé dans mon introduction à ce blog voilà bientôt une année déjà, de MA rivière, de MON bassin, de MES truites.
Ces belles zébrées méditerranéennes que mon père pêchait avec sa vieille canne en bambou véritable, lourde comme un âne mort…
J’ai retrouvé cette photo où je suis fier de la prise. Je devais avoir trois ans, peut-être quatre… Les années 70… La maille à 20 voire 18cm…
Je ne suis pas venu à la pêche sur le tard, la pêche est venue à moi dès mon plus jeune âge.

Les choses ont changé, trop peut-être. Aujourd’hui le bassin devant lequel je pose est plein d’herbe folle, les galets en guise de dalles ne sont plus lustrés par les sabots des vaches, chèvres et autres brebis.
Les AAPPMA ardéchoises se battent pour maintenir les souches naturelles de farios dans leurs cours d’eau. Et puis il y a ceux qui n’ont pas vu le temps changer, qui pensent encore que la nature est plus forte que l’homme quand il s’agit de vider les rivières.
Pour ce qui est de vider les rivières, de nouveaux occupants s’en chargent, inconnus il y a encore dix ans dans la région : les hérons. Trop frais, trop haut pour eux normalement. La désertification des campagnes, l’abandon des cultures et le délabrement des berges ne lui laissent que trop de possibilités pour s’établir durablement. Les cormorans se joignent au bal paraît-il…
À qui la faute ? Doit-on laisser la nature faire son oeuvre quand on connaît les dégâts que produisent quelques individus dans un torrent de montagne déjà bien fragile ?
Subit-on aujourd’hui les conséquences du laxisme généralisé à une époque où l’on croyait les ressources inépuisables, où le pétrole n’avait pas encore subi sa première crise ?

Je vois aller les gens ici, au Québec et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec cette époque si clairement présente dans mes souvenirs. Je vois les mêmes erreurs, les mêmes comportements avec pour trame de fond des cours d’eau toujours plus durs à accéder, toujours plus privés d’accès par des riverains possessifs qui ont oublié que ceux-ci ne leur appartenaient pas.
Je vois un parc halieutique qui se dégrade mais où certains se mobilisent encore pour défendre l’indéfendable, pour se dresser devant les quelques mesures de sagesse (trop peu nombreuses) que prend le ministère.
Comment s’opposer au moratoire sur la perchaude au lac St-Pierre ?
Comment défendre l’utilisation de poisson-appât quand de trop nombreux lacs se voient envahis par des espèces indésirables qui déséquilibrent tout un écosystème simplement parce que quelques personnes les y ont introduites par leurs parties de pêche ?
Comment vouloir s’opposer aux tailles réglementaires du doré quand les stocks diminuent à vue d’oeil dans nos cours d’eau ?
Comment accepter des quotas déjà démesurés pour certaines espèces comme l’omble de fontaine (truite mouchetée, le quota est de 15 par jour et par pêcheur dans beaucoup de zones) mais surtout comment encore tricher en les dépassant sans aucune rancune comme certains le font ?

Je regarde cette photo et je pense à mon fils. Je ne sais pas si un jour je le photographierai avec une belle prise. Je ne suis pas un intégriste du catch and release même si je remets la grande majorité de mes prises à l’eau. Je n’en ai d’ailleurs gardé aucune en 2012, toutes sont reparties saines et sauves.
Je pense qu’il est acceptable de garder quelques prises de manière raisonnée. J’aimerais tellement lui faire connaître le bon goût de la chair d’une de ces belles sauvages qui ont titillé mon palais avec leur odeur de beurre fondu qui rendait la peau croustillante…
Que les intégristes soient condamnés à bouffer du poisson pané issu d’élevage le restant de leurs jours !
Tiens, à propos d’élevage, une ferme marine de la baie de Fundy, Kelly Cove (Cook Aquaculture), vient d’être condamnée pour usage d’un pesticide, la cyperméthrine. Là aussi il y aurait beaucoup à dire quand on voit les ravages que font ces fermes d’élevage qui demeurent une anomalie aujourd’hui au Canada. À quand une bonne legislation pour les obliger à produire proprement et durablement dans des lieux qui ne mettent pas en cause l’écosystème environnant comme on le voit de plus en plus aux USA ?

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… On bouffait du saumon à Noël, on n’en trouvait pas au supermarché du coin 365 jours par an… Il y avait des montaisons énormes dans les rivières à saumon au Québec. Il n’y avait pas de pesticides dans l’eau ou plutôt il y en avait des tonnes mais personne ne les mesurait. Les trente glorieuses se moquaient bien de ce qu’il y aurait après elles. Les boomers arriveraient bientôt au pouvoir et tout irait pour le mieux. Après tout, ils ont bien fait la révolution sexuelle et la révolution tranquille…
En 2013, les boomers sont là, la situation est pire que jamais. Ceux qui sont au pouvoir essayent tant bien que mal de tirer le peu de couverture qu’il reste à tirer, après tout ils ont « travaillé fort » paraît-il pour se payer des belles retraites. Les nouvelles générations aimeraient bien travailler fort… Travailler tout court d’ailleurs, mais elles ne rêvent même plus d’une retraite. L’espérance de vie diminue, une première depuis les guerres, l’eau est pleine de merdes, la bouffe aussi. Les génies de l’agro-alimentaire essayent de nous imposer leurs dernières créations.
Qu’importe, la terre continue à tourner, l’eau à couler, tant que les fonds de pension font un bon rendement, tout va pour le mieux !

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