Nouveau jouet, nouvelle neige.

Je suis un enfant du printemps. N’imaginez pas un enfant courant dans les champs de coquelicots l’air hébété comme Candy courant derrière son raton laveur. Non, je suis un enfant qui a eu la bonne idée de naître deux jours avant le printemps.
J’ai toujours haï l’hiver. C’est paradoxal, j’ai quitté le sud de la France pour m’établir au Québec… Je vous le dis : je suis un type bizarre.
Cette année l’hiver… Ou plutôt devrais-je dire cette année n’est qu’hiver. Ça fait tellement longtemps qu’on se pèle les doigts de pieds avec un mercure qui ne remonte pas en dessus de 0°c qu’on ne se souvient plus très bien quand fut le dernier moment où la douceur de l’air nous chatouillait le nez, où l’on pouvait vaquer à nos occupations halieutiques, les pieds dans l’eau, sans avoir à sortir le scaphandre chauffé. C’était surement en 2012… Non plus longtemps que ça… 2011 ? Je ne sais plus…
Toujours est-il que j’avais l’habitude, enfant, de recevoir mes petits camarades pour le party d’anniversaire en t-shirt et en sandales, barbecue à volonté, gâteau d’anniversaire aux merguez ! Non, ce n’est pas vrai. Je n’ai aucun souvenir de party d’anniversaire, enfant. Mes premiers souvenirs remontent à bien moins longtemps, le temps où pour fêter ses vingt ans on arrosait de vodka ou de tout autre alcool fort, une soirée qui finissait au mieux couché sur une banquette de boite de nuit, au pire, devant la porte d’entrée dont le code aura pris la tangente avec le dernier spasme d’un vomi qu’on essaye maladroitement d’éviter en posant sa tête contre le sol bétonné. Vous l’aurez compris, même pour ça il faut du beau temps ! Un minimum de respect point de vue température, pas -11°c !
Un an de plus ! J’avais fait une petite liste à ma douce qui demandait quel cadeau j’aimerais avoir. Malin je suis, je lui ai fait une liste… de cannes à pêche ! 🙂 Comme ça, pas d’embrouille, le cadeau taperait forcément dans le mille ! Et quel mille !!!
Je n’ai eu rien de moins qu’une belle canne Tenkara SATO, vous savez le modèle le plus cher que vous mettez en désespoir de cause sur la liste en vous disant que ça ne sera pas celle-là qui viendra, vous l’avez mise là uniquement pour faire comprendre à votre douce moitié qu’il y a des trucs bien chers (et bien plus chers encore) que vous aspirez à avoir mais que celle qui est juste après dans la liste fera très bien l’affaire aussi. 🙂
Ce matin, en me levant, j’ai vu qu’il y avait déjà une bonne dizaine de centimètres de neige. Cette année, l’hiver…

Canne Tenkara USA Sato (photo du site Tenkara USA).

Canne Tenkara USA Sato (photo du site Tenkara USA).

Le plomb, cet ennemi insidieux à combattre.

On a tous un jour pêché avec un leurre plombé.
Du petit plomb fendu (split shot) à l’olive de 30 grammes en passant par la tête de jig, tôt ou tard, tout pêcheur français ou canadien a balancé à l’eau sa ligne pourvue de plomb.

Plomb :  (wikipedia)
Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.

Le plomb est un métal gris bleuâtre, blanchissant lentement en s’oxydant, malléable. C’est un élément toxique, mutagène, et reprotoxique, sans valeur connue d’oligoélément. Il a en effet été classé comme potentiellement cancérigène en 1980, classé dans le groupe 2B par le CIRC puis comme probablement cancérigène pour l’homme et l’animal en 2004. Deux sels de plomb (chromate de plomb et arséniate de plomb), sont considérés comme carcinogènes certains par le CIRC .

Le plomb est un contaminant de l’environnement, toxique et écotoxique dès les faibles doses. Les maladies et symptômes qu’il provoque chez l’homme ou l’animal sont regroupées sous le nom de « saturnisme ».

Le mot est lâché : cancérigène ! C’est supposé faire peur et ça devrait suffire à  changer le monde définitivement. Et pourtant…
Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des vidéos ou des textes scientifiques démontrant la toxicité certaine de ce métal pour l’homme et pour l’environnement. Malgré tout, celui-ci est encore abondamment utilisé dans l’industrie en 2013 et dispersé dans la nature sans aucun scrupule. Les munitions de chasse en sont un bel exemple, les articles de pêche en sont un autre.
Vous me direz : « Oui mais bon, ce n’est pas un petit plomb de quelques fractions de grammes qui va changer quelque chose ». Vous aurez tort !
Le plomb s’oxyde très lentement, garantissant une diffusion lente et continue dans le milieu pollué s’ajoutant chaque année à la pollution des années précédentes. Combien de mouches plombées, de têtes de jigs, de bas de lignes plombés avez-vous déjà perdu lors de vos séances de pêche ? Pensez-vous réellement que ceux-ci sont sans conséquence pour la santé de votre rivière préférée ? Et si tous les pêcheurs qui empruntent le même parcours que vous pensent la même chose, que se passe t-il ?

D’après le très sérieux USGS (US Geological survey) un terrain d’une acre (200mx200m) en campagne peut contenir plus de 400 000 plombs de chasse !  Pour vous donner une idée, aux USA sont vendues annuellement pas moins de 4 382 tonnes de plomb en articles de pêche sous formes diverses (plombs fendus, leurres, têtes de jig, etc.)  ! Combien de tonnes sont-elles vendues au Canada et en Europe, quand on sait que le plomb est déjà prohibé partiellement ou complètement dans plusieurs états américains, aussi bien pour la pêche que pour la chasse ?

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Tête de jig, olive, hameçon lesté… Accessoires habituels de bien des pêcheurs « pur plomb »… Un désastre pour nos rivières…

L’état de Californie, par son avis d’interdiction adopté en 2008 dans la zone de vie des condors, a été un des pionniers dans la lutte à la pollution au plomb qui décimait des populations déjà fragiles et même considérées comme étant en danger d’extinction. Les condors consommaient des proies tuées par arme à feu et abandonnées, ingérant des grandes quantités de plomb provenant des munitions. Les résultats récents sur la mortalité des rapaces donnent raison aux autorités et prouvent l’efficacité des mesures prises.

Le 11 octobre dernier, l’état Californien a voté une interdiction totale quant à l’utilisation de plomb dans toutes les munitions (l’application se déroulera en plusieurs étapes jusqu’à l’interdiction totale en 2019…).

Environnement Canada rapporte qu’environ 2.5 millions d’oiseaux sont atteints de saturnisme en Amérique du Nord. Les causes principales à cette maladie sont l’ingestion de plomb de chasse et de pêche par l’intermédiaire de proies contaminées ou par ingestion directe (picorement, blessure…).

Le dossier concernant le saturnisme animal publié sur Wikipedia est très intéressant à lire.

plomb

Plombs de chasse contenus dans une seule cartouche.
Douze (environ 2 grammes) de ces plombs ingérés suffisent à tuer un cygne adulte ! (Source wikipédia, DR)

La faune halieutique est, elle aussi, victime des effets toxiques du plomb. Les alevins de nombreuses espèces sont sensibles à cette pollution létale à très faible dose. Les petits organismes aquatiques sont aussi très sensibles à cette pollution (larves, chironomes, gammares…) et accumulent des taux importants de métaux lourds qui finissent dans les organismes des prédateurs. Les oiseaux se nourrissant exclusivement de poissons et qui se trouvent donc en haut de la chaîne alimentaire, cumulent ainsi des taux de plomb importants dans leur organisme pouvant entrainer des maladies graves voire même la mort.
Un simple plomb pesant seulement quelques grammes, ingéré par un rapace (qu’il mettra plusieurs semaines, voire plus, à digérer) peut lui être fatal ! Ce plomb était peut-être accroché à la gueule du poisson qu’il vient de capturer…

Les pollutions sont nombreuses malheureusement et le plomb n’est qu’un élément parmi tant d’autres qui contribuent  à l’appauvrissement de la faune et à la destruction de notre environnement. En France, une étude sur le bassin Adour Garonne (corrélée avec une autre étude de l’Agence de L’Eau) apporte quelques données sur le risque lié à la consommation de poissons pêchés dans ce bassin. Même si les chiffres ne sont pas alarmants, ils révèlent parfois des taux de métaux lourds préoccupants notamment pour la consommation chez les jeunes enfants. Le plomb n’est peut-être pas le plus violent des poisons mais il constitue un danger certain pour tous et finit tôt ou tard dans nos assiettes à travers l’eau du robinet ou même des légumes frais achetés au marché qui auront été arrosés avec cette eau.

Les solutions à cette pollution existent et lorsque la volonté politique est bien présente, les résultats ne se font pas attendre. De ce côté-là, on peut lever notre chapeau aux états américains qui ont pris les mesures nécessaires à l’éradication de cette menace écologique.
La volonté de chacun peut contribuer à enrayer ces mauvaises pratiques et à renverser le cours des choses. Pourquoi s’entêter à utiliser le plomb pour nos loisirs quand il suffit de choisir un autre matériau comme le tungstène, non-toxique et abordable, pour arriver au même résultat ? Ça ne coûte pas grand chose et ça garantit un avenir meilleur pour nos cours d’eau et pour les populations locales déjà très touchées par les diverses menaces écologiques.

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Matériau de montage de mouche exempt de plomb : une bonne alternative.

Les fabricants sérieux proposent de plus en plus d’alternatives au plomb. Je n’utilise désormais que du fil de lestage pour mes mouches, estampillé « LEAD FREE ». Les habitudes sont dures à changer chez certains et souvent les arguments à cet immobilisme ne tiennent pas debout. La considération financière est souvent mise de l’avant. Le marché s’adapte : si la demande en produits alternatifs grandit, les prix baisseront.
Quel prix a l’avenir de nos rivières ?

Kenpo 360SE, une canne Tenkara… Très (trop) fragile.

La saison tire à sa fin, il est l’heure de faire quelques bilans.
Je vous ai parlé de mon intérêt pour le Tenkara. J’ai fait l’acquisition d’une canne Kenpo 360SE sur ebay chez « tenkara.gear.store« , boutique eBay d’Oleg, propriétaire de Tenkaratimes.com (un site de vente en ligne situé en République Tchèque) afin de pratiquer cette nouvelle technique pour moi. (1)

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La canne Kenpo 360SE action 6:4

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Les sections, l’embout avec le lilian et le bouchon en bois de rose.

La canne vient avec un kit de scion de pointe (3 sections) de rechange. Bonne idée… Enfin la bonne idée se transforme en suspicion quand après à peine une heure de pêche, le kit de rechange est déjà mis à contribution. Je n’ai pêché au total que quelques heures avec cette canne, ce fut très agréable. Cependant, j’ai dû faire face à pas moins de quatre cassures en quelques semaines. L’ensemble des sections fournies y est passé et j’ai même dû commander un nouveau kit afin d’avoir quelques pièces d’avance… Kit déjà pas mal entamé… 😦

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Cassure sur la troisième section du top, pourtant la plus large et la plus épaisse.

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Mon « trophée » de pêche de la saison 2013 Tenkara…

Le pire dans tout ça est que j’ai vu deux fois mon scion briser, simplement en tirant légèrement sur la ligne pour monter ma mouche ou pour montrer à des amis l’action de la canne. Non pas que j’aie tiré trop fort, loin de là, n’oublions pas que la canne est supposée ramener le poisson à portée de main et donc avoir un cintrage très serré, mais plutôt que les éléments ne sont pas fabriqués avec des matériaux de qualité selon moi.
L’avarie devient dramatique lorsque la ligne se brise en action de pêche. N’oubliez pas que le fil est simplement accroché à la pointe… Voir sa ligne dériver dans le courant avec une section de carbone au bout n’est jamais très plaisant…
Paradoxalement, ce n’est jamais le scion de pointe, le plus fin, qui brise. Toutefois, j’ai eu la surprise de voir se décoller mon lilian (le morceau de fil tressé en bout de canne) sans n’avoir rien fait…

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Le lilian se décolle sans raison…

J’ai eu une longue correspondance avec Oleg de TenkaraTimes.com qui a envoyé à ma demande et moyennant paiement (une quinzaine de dollars US), un kit de rechange.
Vu que j’arrive au bout du deuxième kit, la question de la fiabilité et de la garantie se pose. Depuis, le dialogue est beaucoup plus difficile et j’attends depuis plusieurs semaines un nouveau kit qui m’a été promis et devait m’être envoyé gracieusement (enfin gracieusement pour Oleg signifie qu’il facture des frais d’envoi)… En théorie car de l’autre côté du clavier c’est désormais silence radio…

En conclusion : si vous voulez débuter au Tenkara, je ne vous suggère pas cette canne malgré qu’elle soit agréable à manipuler. Certes son prix est alléchant (environ 80$+20$ de transport) mais ce n’est pas un bon investissement.
Je suis déçu par le service d’Oleg qui a été très bon tant que tout allait bien et qui s’est dégradé quand il s’agissait de faire face à ses responsabilités. La meilleure offre qui me fut faite fut un rabais de 20% sur une nouvelle canne…Big deal… Il est vrai qu’Oleg me fit la demande de lui retourner la Kenpo afin d’en envoyer une « autre » (laquelle ?), frais d’envoi à ma charge… Pour un montant correspondant à une nouvelle canne… Une belle offre de Gascon.
J’attends toujours les pièces promises et cela depuis plus de six semaines.
Les cannes Tenkara sont fragiles, c’est un fait. J’ai eu des échos de cassures dans d’autres marques, la Kenpo n’est pas une exception. Cependant, il est rare d’avoir affaire au service client plusieurs fois durant une saison de pêche.
Avant de choisir une canne, regardez le prix du kit de sections de rechange (et commandez-en au moins un avec votre canne) et demandez bien quel est le service offert en cas de problème. Un prix élevé n’est pas forcément synonyme de qualité. Choisissez un revendeur qui saura vous écouter et sera réactif. J’avoue que j’aurais peut-être dû investir un peu plus et acheter une canne chez un revendeur plus accessible…

Oleg, if you read me…

(1) Précision apportée suite à un mail d’Oleg, demandant de préciser que l’achat s’est fait sur eBay, non pas directement via son site Tenkaratimes.

C’est l’automne.

On ira, où tu voudras quand tu voudras…
Je sais ce n’est pas original mais il fallait bien trouver une façon de plugger « l’été indien » dans mon texte.
J’aime bien Joe Dassin. C’est kitch (quétaine comme on dit au Québec), c’est de la musique de « matante », un peu comme Aznavour mais j’aime bien.
En parlant de chanson, j’ai du Thiéfaine dans la tête. Pourquoi ? Aucune idée, il faudrait aller voir un psy pour comprendre. « La jambe de Rimbaud de retour à Marseille, comme un affreux cargo chargé d’étrons vermeils »… Romantique non ?
Enfin je ne suis pas là pour vous parler de ma discographie mais pour vous réveiller sur le fait que ça y’est ! On est en automne et pour de bon !
Ce soir j’ai voulu immortaliser ça, les feuilles rouges qui vont tomber. Le truc qui vous fait apprécier de vivre en appartement et de ne pas avoir un grand terrain plein d’arbres.

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Étang au bord de la route dans Lanaudière.

On a de la chance au Québec, depuis une semaine c’est à nouveau l’été, vous savez le fameux été des indiens que j’ai réussi à placer plus haut. On a même entendu chanter des cigales cet après-midi ! Si, si, juré ! Des cigales fin septembre au Québec mon bon monsieur ! Imaginez-vous ?!

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Les arbres rouges en arrière plan du lac Ouareau.

Hier, j’ai passé une bonne partie de l’après-midi les pieds dans l’eau. C’est agréable les pieds dans l’eau quand elle est fraiche et que le soleil cogne comme en plein mois de juillet.

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Sur un haut fond au milieu de la rivière des Mille-îles. (merci Phil pour la photo)

La pêche a été mauvaise. Personne, autant que nous fûmes, ne sortit le moindre poisson…
La pêche à Montréal (et dans toute la zone 8) ne ferme jamais. On a la chance de pouvoir taquiner le poisson (enfin il y a des périodes de fermeture par espèce) du printemps jusque z’au printemps comme dirait Brel.
J’ai des envies plus montagneuses que la morne plaine Montréalaise. Je n’ai pas pu assister à la réunion de vendredi aux MMM mais la présentation de « Trout unlimited » fut parait-il très intéressante, au point que j’ai très envie de participer à ce programme et d’aller visiter la rivière Chateauguay qui renait avec leur aide. http://www.chateauguayriverchapter.com/en/
Pourquoi ne pas aller y faire un tour bientôt, avant qu’il ne fasse froid pour de bon ? Affaire à suivre…

Septembre, c’est la rentrée pour le montage de mouches plus intensif. Enfin, c’est surement vrai quand on est à la retraite… Avec un petit poussin d’un an (bientôt), les journées sont bien remplies, si bien que malgré ma bonne volonté pour participer à des échanges, je n’ai pas le temps de me mettre devant l’étau pour honorer mon engagement. J’y arriverai, c’est sur !

Cette année, j’ai décidé, vu les nombreuses heures à ma disposition, d’innover et donc de me lancer dans le montage de canne. Je me suis inscrit afin de suivre un cours auprès des MMM au mois de Novembre. J’ai décidé de me monter une canne #5 en fibre de verre de 7 pieds. J’ai commandé le blank chez Graywolf (http://graywolfrods.blogspot.ca/) qui ne devrait plus tarder. Je travaille fort à décider quelle parure lui adjoindre : anneau en agathe, poignée cigare ou standard, liège grade « flor », porte moulinet en érable…
Autant de choix qui ne sont pas évidents quand on débute.
Je reviendrai dans le futur sur l’avancement du projet. Qui sait, peut-être un jour me demanderez-vous de vous monter une canne ? 😉

Hookés et joie de vivre.

J’aime les Hookés.
Je ne les connais pas personnellement mais chacune de leur vidéo, fort bien montée et réalisée (ce qui ne gâche rien au plaisir bien au contraire) est une petite perle qui vous fait oublier, l’ombre d’un instant les vicissitudes du quotidien. C’est intelligent, beau et ça fait du bien !
Allez-y, mettez-vous cette vidéo en HD plein écran, juste pour le plaisir.

Une rose, l’île de la Cité, un moustachu.

Connaissez-vous le parvis de Notre Dame ? Avez-vous déjà fait face au porche gothique de la cathédrale qui vous domine et vous aspire par sa clarté, maltraite votre regard de mille statues martyres qui ornent ses tympans ?
Cet endroit a quelque chose de magique. Pour sentir cette magie, il faut s’y rendre un soir d’hiver quand aucun touriste n’ose s’y aventurer afin d’entendre le bruit sourd de ces pierres qui vous susurrent, si vous y prêtez attention, huit cent cinquante  années d’histoire. La Seine coule paisiblement à ses pieds.
La promenade nous amène sur la rive sud du fleuve pour y trouver quelques restaurants grecs et autres spécialités orientales. Nombre d’entre eux longeaient le quai St-Michel il y a plus de vingt ans de cela. Je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner récemment pour vérifier s’ils sont toujours présents.
J’avais, ce soir là, à l’occasion d’une rencontre des « anciens stagiaires » d’un magazine de mode bien connu pour lequel je travaillais alors, dégusté mon premier plat de seiche à l’encre. Je me souviens encore du doux fumet marin qui émanait de celui-ci mais surtout de la mixture d’un noir intense dans lequel il trempait, colorant sans pitié les dents et la langue des fins gourmets qui osaient s’aventurer à une dégustation.

Le hasard voulut que ce soir-là, Georges Moustaki était notre voisin de tablée. Rien de très extraordinaire jusque là, Paris à cela de fantastique que vous pouvez vous retrouver à déguster une bavette-échalotte en trinquant avec une personnalité célèbre dans n’importe quel troquet de la capitale.
Nous étions six à table. J’étais le seul garçon. N’oubliez pas qu’il s’agit d’une rencontre de stagiaires (et de la directrice photo de l’époque, mon amie Véronique) d’un magazine de mode… Évidemment, un vendeur ambulant est bien venu proposer à la gente féminine quelques roses comme cela est commun dans les restaurants parisiens. Bien sur, j’étais jeune et sans le sou, je ne pouvais me permettre d’offrir un tel bouquet à mes « collègues ». Cela ne parut pas déranger outre mesure, l’attitude courante consistant plutôt, par lassitude, à refuser poliment d’un geste de la tête. Inutile de faire de longs discours pour se justifier, le vendeur ne comprend généralement pas le français.
Tout allait pour le mieux jusqu’à ce qu’une des stagiaires, plus zélée que les autres, attrapa par le bras le pauvre vendeur paniqué et par je ne sais quelle magie, réussit à lui faire comprendre qu’elle aimerait bien que le monsieur assis à la table voisine, arborant une belle barbe blanche assortie à sa chevelure ébouriffée, lui offrit une rose. Évidemment, le vendeur s’exécuta sur le champ et l’on vit alors débarquer à notre table Georges Moustaki.
Bien sur, celui-ci se fit un plaisir de fleurir notre repas mais il le fit en me lançant un regard glacial et en m’achevant de quelque phrase assassine soulignant mon manque de galanterie, comme si j’avais remis en cause l’honneur même de la gente masculine !
Il y a des moments de solitude dans la vie qui marquent un homme à tout jamais. J’ai haï Moustaki pour le restant de ses jours.

Hier, la presse du monde entier a annoncé la mort du vieux barbu. Cet épisode de ma vie, que j’ai hésité à raconter ici, est remonté dans ma mémoire. Le vieux maudit m’a permis de passer un bon moment de souvenir, de sentir à nouveau l’odeur des pavés de la vieille capitale.
Repose en paix vieux métèque, je te pardonne aujourd’hui… Ça aura pris quand même plus de vingt années…

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