Les monteurs de l’île Saint-Jean

Voilà bien longtemps que je n’avais alimenté les colonnes de ce blog. Paradoxalement, les statistiques me montrent que vous êtes nombreux à visiter quotidiennement ces pages. J’en profite donc pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2017.
Je n’ai pas délaissé la pêche à la mouche, mais ma saison 2016 s’est réduite à sa plus simple expression avec seulement quelques journées de pêche et vraiment peu de poissons.
La vie, quelques changements, la routine… On connait tous.
Un de ces beaux changements m’amène à fréquenter un peu plus souvent un endroit que j’apprécie particulièrement, la ville de Terrebonne et son « Vieux Terrebonne » pittoresque, prisé des touristes. En empruntant la passerelle du barrage des anciens moulins, à quelques pas du vieux quartier pittoresque, se trouve l’île Saint-Jean. Ce haut lieu halieutique urbain est le théâtre de belles scènes de pêche. On peut y prendre des achigans, des carpes, du barbu, des laquaiches après le 1er juillet, la rivière à cet endroit étant un sanctuaire halieutique fermé durant tout le printemps.

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Les flots au pied du barrage des moulins.

Les monteurs de l’île Saint-Jean sont nés de la volonté bienveillante de quelques moucheurs et plus particulièrement celle d’André qui nous reçoit tous les quinze jours pour une matinée de montage dans son local à quelques pas des rapides de la rivière des Mille-Îles.

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Régulièrement, une douzaine voire une quinzaine de passionnés de tous niveaux échangent leurs connaissances, partagent leurs techniques et proposent des modèles de mouches pour tous les types de pêche.

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J’aime beaucoup ces rassemblements où règne une atmosphère sans pression, amicale, où le partage se fait sans compter, sans arrière pensée. C’est comme cela que je conçois le bénévolat, l’amitié, le plaisir, l’altruisme. C’est sûrement aussi pour cela que j’ai délaissé les grosses structures associatives, trop centrées sur elles-mêmes, accaparées par un petit groupe fonctionnant en vase clos pour lequel l’intérêt collectif ne compte finalement guère.
Si vous voulez monter de belles mouches et rencontrer des passionnés dans cette belle région de Lanaudière, n’hésitez pas ! Contactez les monteurs de l’île St-Jean sur leur page Facebook ou en m’envoyant un message, je le ferai suivre avec grand plaisir !

Une soie naturelle, de l’eau fraîche et des plumes.

Je l’avais dit lors d’un précédent article : un jour je me laisserai tenter par une vraie soie naturelle. Quand je dis « vraie soie naturelle », j’entends par là une soie constituée d’une âme (la tresse au coeur de la soie) faite de vraie soie naturelle, vous savez le petit fil des cocons du bombyx du mûrier.
Vous avez suivi mes essais, plutôt fructueux à mon sens, d’imprégnation d’un fil en nylon tressé pour fabriquer une ligne « semi-artificielle », à base d’huile de lin et de vernis d’époque. Vous me connaissez, la curiosité étant un vilain défaut et étant moi-même affublé de celui-ci, j’ai voulu voir ce qui se faisait du côté des vraies soies, afin de vérifier si tout ce qui se dit à leur propos était vrai.

Je veux mettre les choses au point tout de suite : récemment sur divers forums auxquels je participe, j’ai pu lire bien des choses et surtout des polémiques concernant un fabricant en particulier. Ce fabricant, nommé « Soies Antonio Perez » a essuyé moultes critiques voire insultes et a été purement et simplement exclu de quelques discussions. Je ne jugerai pas ce qui s’est passé, je ne connais pas les tenants et les aboutissants et chacun a ses raisons propres pour agir de la sorte.
Certes, on peut blâmer la communication parfois « agressive » voire déplacée aux yeux de certains sur les réseaux sociaux, de la part de cette société mais je pense qu’il s’agit plus d’un choc des générations entre une jeune personne d’une vingtaine d’années qui est à la tête de cette entreprise et un « establishment » plutôt vieillissant qui ne se gêne pas pour critiquer et remettre en cause le travail voire l’honnêteté d’un nouvel arrivant dans le paysage PALMiste.
Certes, un jeune qui arrive « avec ses gros sabots » et bouscule l’ordre établi dans un monde ou les acteurs n’aiment pas changer leurs habitudes, ça dérange.
Certes, il y a eu quelques maladresses dans la communication et surtout des grincements de dents quant aux tarifs proposés, souvent deux fois moins chers que la concurrence établie… On comprend alors mieux la levée de bouclier même s’il est difficile de comprendre la violence de certains propos qui sont allés jusqu’à remettre en cause l’origine et l’authenticité même des produits proposés.
La question à savoir s’il s’agissait de vraie soie naturelle a longtemps été mise de l’avant, vous imaginez bien, « il est impossible de sortir une vraie naturelle à si bon prix » !!! Les détracteurs en ont eu pour leur argent lorsque un forumeur a fait analyser un morceau de sa soie en laboratoire et a prouvé qu’il s’agissait bien de soie naturelle. Je ne remets pas sa parole en doute, le côtoyant sur des forums privés. De mon côté, je peux confirmer qu’après avoir fait brûler un petit morceaux de ma soie, ça sentait le cochon et non le plastique et ça brûlait lentement (le synthétique a tendance à brûler rapidement et à faire des petites boules en dégageant une odeur très caractéristique), indices généralement révélateurs de la présence de soie naturelle.

Bref, assez pour moi, je n’aborderai plus ce sujet et ne rentrerai pas plus longuement dans ces polémiques ! Je n’ai aucun intérêt dans cette société et les seules relations, désormais cordiales que j’ai avec, se limitent à celles d’un client envers son vendeur.

Le fait est que cette petite entreprise propose des tarifs et un service intéressants à mes yeux. Après plusieurs échanges, au début un peu spéciaux je l’avoue, ( je sentais bien que la réaction de Jeremy pouvait se résumer à « chat échaudé craint l’eau froide », la frontière que crée l’écran d’un ordinateur appelle à la prudence), une discussion cordiale et passionnée s’est installée et j’ai pu commander la soie qui correspondait à mes attentes.

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Ma soie de 3, couleur « camo » avec boucle finale.

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Nouvelle couleur camo proposée en 2015. Superbe !

J’ai choisi une soie numéro 3 « SPORT *** » de 20m en couleur « camo ». La couleur est du plus bel effet et casse avec la monotonie des soies conventionnelles. Aussi, je ne sais pas si l’argument tient mais cela peut présenter quelque chose d’un peu plus naturel pour le poisson, bien que celui-ci ne voie de la soie qu’une longue ombre chinoise…

J’ai eu l’occasion de l’essayer au cours de plusieurs sorties de pêche. Les promesses du fabricant quant à l’entretien minimal et le graissage sont tenues. En effet je n’ai jamais regraissé ma soie qui a pourtant assuré un flottaison parfaite pendant plus de 5h de pêche. Aussi, je ne l’ai pas sortie du moulinet pour la faire sécher à la fin de la journée, je n’ai rien fait de plus que je ne fais avec mes soies synthétiques : simplement la nettoyer sommairement et la graisser le lendemain. Le rodage s’est fait principalement selon la méthode donnée par le fabricant, graisse, « tripotage » et graisse durant de longues minutes… Je sentais la soie s’assouplir un peu plus au fil des longues heures de pêche.

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Première sortie et première prise en sèche pour ma nouvelle soie, en ce milieu d’automne.

J’aime beaucoup le feeling qu’elle procure avec ma petite canne en fibre de verre #3 (blank Lamiglas). La soie glisse parfaitement dans les anneaux sans aucune résistance et en laissant entendre un doux son de frottement. La puissance de lancer est excellente pour une parallèle (d’après ma petite expérience de lanceur) et les posers sont beaucoup plus délicats que ceux que je faisais avec mes synthétiques. Son diamètre étant inférieur aux soies en plastique, elle travaille mieux lorsqu’il y a du vent. En somme, je suis conquis par cette soie naturelle !

Jeremy et son père proposent aussi d’autres produits (je vous laisse visiter son site www.antonioperez.fr)  : des cannes en bambou refendu, des moulinets, boîtes à mouches, etc. et surtout, ce qui a attiré mon attention, quelques belles plumes pour le montage. Il propose par exemple des superbes pelles de pardo de León d’origine contrôlée. Je lui ai demandé de me vendre une sélection de plumes et je ne fus pas déçu en ouvrant mon colis.

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Hommage à Rafaél Del Pozo et son livre « Mouches pour la pêche ».

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De magnifique pelles de pardo « flor de Escoba »

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Plumes de dinde teintées.

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Une beau choix pour les corps des petites mouches. Plume de dinde « olive ».

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Plumes de dinde aux mille reflets.

La société Antonio Perez propose des plumes de dinde provenant de son élevage personnel. Ces plumes sont utilisées entre autres pour le montage d’ailes de mouches, les biots et les fibres des rémiges qui peuvent être considérées comme des substituts de condor servent par exemple au montage des corps. Toutes les plumes reçues sont de très belle qualité. Ne me reste plus qu’à les utiliser pour monter quelques mouches que je pendrai sans scrupule au bout de ma soie naturelle à l’ouverture de la saison prochaine…

PS : Cet article n’est pas un « publi-reportage » et si je n’avais pas été (ou dans l’avenir ne serai pas) satisfait des produits et du service, je l’aurais dit (et le dirai)  sans ambages. Je l’ai déjà fait dans le passé pour d’autres produits… C’est quand même fou qu’il faille se justifier quand on écrit quelque chose de bien concernant un produit décrié…
Sinon, ceux qui veulent voir l’ensemble des produits Antonio Perez, c’est par là : www.antonioperez.fr

Fabriquez vous-mêmes un élastique dévidoir à bobines.

J’avais acheté l’an passé, lors du marché aux puces des MMM, des élastiques très pratiques pour disposer sur les bobines de fil à « tippet » (pointe de bas de ligne).  Ce petit accessoire très simple permet de garder les bobines sur soi sans que le fil ne se déroule. Combien de fois ai-je pesté contre une bobine qui s’était déroulée dans le sac ou le gilet ! Il est possible d’en fabriquer soi-même pour quelques sous. Les matériaux nécessaires sont accessibles facilement si ce n’est pour les billes (le trou doit être surdimensionné) que j’ai eu un petit peu de mal à trouver… Finalement chez Walmart pour 1$ le gros paquet ! Un bout d’élastique de couturière, deux billes, un morceau de gaine thermo-retractable, c’est tout ce qu’il nous faut !

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Côté construction, rien de bien compliqué : coupez l’élastique à la bonne longueur (23cm pour les bobines Maxima), insérez deux billes en joignant les deux extrémités de l’élastique, retroussez les deux extrémités autour de la bille supérieure, insérez la gaine thermo-retractable et chauffez avec un briquet… Et voilà !

 

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Une fois parti dans les bricolages, profitons-en pour fabriquer un porte bobines qui permet de garder accessibles tous ces fils à tippet en action de pêche. Vous savez le truc qu’ont les pêcheurs sérieux, accroché au revers du gilet et qui fait très pro… Là encore, pas besoin de beaucoup de matériel : une corde de nylon, deux boutons à pression, un crochet en plastique, un mousqueton et de la gaine thermo-retractable.
Coupez la longueur de corde voulue, insérez la boucle en plastique qui servira à suspendre d’éventuels accessoires (très pratique). À l’aide d’un briquet faire fondre les deux extrémités de la corde nylon et immédiatement rassemblez-les afin de les souder. Prenez la gaine thermo-retractable et formez-la autour de la corde en laissant une courte boucle à chaque extrémité. Voilà !

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Bon bricolage ! 😉

Amis de vingt ans.

C’est la fin de l’été, le soleil brille, les vacances se terminent, du moins pour certains. L’été est souvent propice à la résurgence de souvenirs. On revoit du monde qu’on n’avait pas vu depuis des années, on visite des lieux qu’on n’avait pas visités depuis très longtemps. Les odeurs… Je ne sais pas pour vous mais j’ai une mémoire olfactive très développée. Vous souvenez-vous de l’odeur de tarte chez votre grand-mère, de celle des champs tout juste fauchés, celle de vos mains après votre premier poisson à vie ?
Mon enfance est jalonnée de repères olfactifs. Les plus fameux sentent la bouse, l’étable, la bouillie de patates de carottes et de choux pour les poules. Mon grand-père ne manquait pas de me mettre quelques patates chaudes de côté quand j’allais à la pêche. Si vous saviez combien elles sentaient bon, imprégnées des odeurs de tous les autres légumes ! Je n’ai malheureusement jamais retrouvé cette odeur mais parfois je la hume en fermant les yeux, comme il y a 30 ans de cela…
L’odeur des boules à mites, ça vous sort de léthargie le plus froid des macchabées ! J’espère seulement que celui qui a découvert cette substance horrible n’a pas eu de prix Nobel. Ressortir du vieux stock de pêche qui sent la boule à mites comme on dit au Québec, est parfois plaisant. J’ai ressorti la première canne à mouche que j’avais acquise voilà un peu plus de vingt ans. Une Garbolino soie #5 de 9 pieds. Avec le petit peu d’expérience que j’ai acquis depuis, en lui chaussant sa soie d’origine, j’ai été étonné de l’action de celle-ci qui est très proche des fibres de verre moderne malgré qu’elle soit en carbone. J’ai ressorti aussi le vieux moulinet dont la fabrication m’a agréablement surpris : un Fly Axle I de Shina. Je ne me souvenais plus du tout de cette marque, c’était surement le moulinet pas cher de l’époque…

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La construction est robuste malgré qu’il soit en aluminium moulé. Deux roulement situés en dessous du moulinet permettent une bonne glisse de la soie.

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Un système de frein progressif très efficace, empêche l’emballement même en position desserré. C’est un moulinet d’entrée de gamme mais plutôt bien fait et de toute façon il a désormais une valeur sentimentale pour moi.

Ma plus grande surprise fut de retrouver une soie synthétique en excellent état plus de vingt ans après l’avoir laissée. Pourtant les conditions de stockage n’ont pas été idéales puisque la pièce où elle fut entreposée descendait allégrement en dessous de 0°C durant l’hiver.

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Je l’ai essayée et elle se comporte très bien. Au toucher lors d’un graissage, il s’agit surement d’une DT5. Il parait que les soies synthétiques ne durent pas dans le temps. Certes ce ne sont pas les quelques poissons qu’elle a sortis qui l’auraient fortement endommagé mais tout de même… 20 ans !
En parlant de soie, je m’intéresse depuis quelques semaines à une autre sorte de soie : les soies dites naturelles. Ce sont des soies qui sont fabriquées selon les procédés anciens et qui garnissaient nombre de cannes en bambou au début du vingtième siècle. Oh, la recette n’est pas très compliquée, principalement faite d’huile de lin, ce qui l’est (compliqué) c’est d’avoir la patience d’aller au bout du processus car il peut prendre plusieurs mois. Les soies naturelles, si elles sont bien entretenues, durent des décennies parait-il.

Je suis certain désormais que les bonnes soies synthétiques durent au moins aussi longtemps que les soies naturelles en leur donnant infiniment moins de soin. Toutefois, je suis prêt à tenter l’expérience et j’avoue que de monter une naturelle sur mon petit Vosseler qui équipe ma fibre de verre Lamiglas #3 de chez Custom Fly Rod Crafters.
Pourquoi pas carrément tenter l’expérience d’en faire une moi-même ? Un parfum de nostalgie vient titiller mes narines. Ah l’odeur acre de l’huile de lin qui sèche…  😉

De la vision des couleurs dans l’eau pour la truite : les mouches fluorescentes.

Vous aimez le titre ? On dirait l’encyclopédie de Diderot non ? Ça en jette ! 🙂
Restons sérieux.
J’ai eu l’occasion de m’entretenir via Facebook,  de la vision des poissons avec une personne que je ne connais pas. La magie de Facebook me direz-vous… Non, rien à voir répondrai-je et ce n’est pas le sujet.
Cela faisait longtemps que je pensais faire un article sur les différentes couleurs des leurres, les différents stimuli qui peuvent faire réagir un poisson. Gros travail que je ne ferai qu’aborder, il existe toute une littérature sur le sujet et surtout beaucoup plus précise que ma petite bafouille. Je vais me concentrer plus particulièrement sur une espèce puisque c’est celle-là qui m’intéresse : la truite. Je ne traiterai pas, volontairement, des autres stimuli (son, vibration, odeur…) pour me concentrer uniquement sur la vision qui est un des stimuli les plus utilisés par la truite pour se nourrir. Bien sur, il est impossible de se mettre à la place d’une truite ou du moins de savoir précisément comment elle appréhende son environnement, comment elle voit les choses, les analyse. On peut toutefois faire quelques constatations et quelques études simples afin d’avancer dans notre démarche de pêcheur.

  1. L’EAU.

Regardons de plus près ce qui se passe dans l’eau. Nos yeux d’humains ont l’habitude d’analyser la lumière dans notre milieu de vie. L’environnement lumineux est très différent dans l’eau, la perception des couleurs est donc très différente pour les poissons. Afin de mieux comprendre comment sont appréhendées les couleurs dans un milieu aquatique, il convient  d’aborder une notion essentielle : l’absorption de l’eau en fonction de la longueur d’onde (1).

Wavelength_dependant_absorption_of_water

L’absorption de l’eau en fonction de la longueur d’onde en cm-1. (données approximatives)
Source wikipédia : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Wavelength_dependant_absorption_of_water.png

Comme on peut le voir sur ce graphique, l’eau transmet très bien le bleu (~400nm la partie gauche du spectre visible ici représenté par un bandeau orange) mais absorbe beaucoup dans le rouge et l’IR (partie droite du spectre visible). Si on se fie à ce graphique, l’absorption est proche de 0.0002 cm-1 dans le bleu : il faut environ 5 000cm soit 50m pour que le bleu soit complètement absorbé par l’eau. Le taux d’absorption dans le rouge quant à lui est proche de 0.005 cm-1, donc il suffit de 2 m d’eau pour que cette couleur disparaisse complètement ! Le phénomène est encore plus prononcé dans l’infra-rouge puisqu’ils sont filtrés (ou réfléchis) par les premiers centimètre à la surface de l’eau.
Cette information va être primordiale pour comprendre quelles sont les couleurs qui sont visibles ou pas dans l’eau, indépendamment du type de poisson auquel nous aurons à faire.

Petit complément qui aura toute son importance dans la suite de l’article : dans le proche UV ~300-400nm, on voit que le taux d’absorption est très faible, de l’ordre de 0.001cm-1 ce qui veut dire que la pénétration des UV dans l’eau est excellente puisqu’il faut plus de 10m d’eau pour les filtrer complètement.
En gros, si nous allons profondément dans l’eau, seuls le bleu-violet et les UV vont pénétrer d’où la vision bleue très « monochrome » dont témoignent les plongeurs.

2- LA TRUITE.

Je n’aborderai ici que l’aspect colorimétrique de la perception. Cependant, il est bon de préciser que la truite, comme une grande majorité de poissons, est myope. Elle distingue de vagues formes à longue distance et ne voit les plus fins détails qu’à quelques centimètres de ses yeux (vous comprenez mieux maintenant pourquoi nous faisons face à tant de « refus » quand la truite fait demi-tour à quelques centimètres de la mouche ? ).
Chacun sait que le spectre visible pour l’homme se situe essentiellement entre 400 et 800 nanomètres (du rouge au violet). Nombre d’être vivants ont des capacités visuelles proches de la nôtre avec quelques nuances. Ça tombe bien, cela correspond en (très) gros à ce que l’atmosphère veut bien nous laisser passer provenant du soleil avec en plus quelques IR pour nous réchauffer et quelques UV pour nous faire bronzer. 🙂
On peut trouver sur internet de multiples sites qui font référence à la vision de la truite. Malheureusement, peu sont réellement documentés et aucun ne cite ses sources.
À en croire le site « pêche-mouche-sèche« , la truite possèderait quatre types de cônes qui rendraient la vision de la truite proche de celle de l’homme à cette nuance près qu’elle aurait aussi des cônes sensibles aux ultra-violets que nous n’avons pas… La capacité de celle-ci à distinguer les UV est sujet à bien des controverses. Certains disent que cette capacité disparait avec l’âge du poisson, la faculté de voir les UV étant essentielle pour distinguer le micro-plancton dont l’alevin se nourrit alors que l’adulte n’y accorde plus d’intérêt. D’autres, dont le professeur Iñigo Novales Flamarique et ses collègues de l’Université Simon Fraser (2) ont mis en évidence la capacité des truites arc-en-ciel à voir les UV et s’en servent pour distinguer leurs proies. J’ai aussi lu que cette capacité pourrait avoir un rôle à jouer lors des périodes de fraie ou même à des fins d’orientation lors des migrations pour les poissons anadromes en particulier (2).
Qui dit vrai ? Peut-être tous…
Toujours est-il que quasiment tout le monde s’accorde à dire que pour la truite, la capacité à voir la lumière du jour telle que nous la voyons (avec un petit « bonus » vers le rouge auquel elle serait plus sensible) est bien réelle. Aleluïa !
Ce postulat revêt une grande importance pour le choix de la couleur de nos mouches.

3- LA FLUORESCENCE.

La fluorescence est la propriété qu’a un matériau d’absorber de l’énergie lumineuse et de la restituer dans une longueur d’onde différente, spontanément.
Dans la vie courante, nous connaissons ce phénomène via les panneaux d’affichage colorés et certains vêtements au goût douteux, très portés dans les années 80 (et qui reviennent à la mode…). Dans la plupart des cas, le matériau absorbe l’énergie du rayonnement UV et le restitue sous une autre longueur d’onde, dans la majorité des cas une longueur d’onde plus longue (niveau d’énergie plus faible) et en conséquence située dans le spectre visible.
Faites l’expérience d’illuminer un objet « fluo » avec une lampe UV (395nm ou inférieur) et votre objet va devenir très lumineux.
Pourquoi parler de la fluorescence ? Simplement parce qu’on vient de définir qu’un matériau est capable d’absorber des UV (invisibles à l’oeil) pour les transformer en lumière visible très intense. En gros, même si on a l’impression d’être dans le noir, puisque notre oeil (et celui de la truite) ne perçoit pas la lumière UV, soudainement un objet peut devenir très brillant par fluorescence, sans avoir reçu la moindre lumière visible. Vous savez, comme dans les boîtes de nuit ou dans le « train fantôme » ou votre t-shirt s’illumine sous l’effet d’un de ces lampes appelées « lumière noire » qu’on perçoit à peine.
Voyez-vous où je veux en venir ? Non ?

4- MISE EN SITUATION.

Les situations de pêche que nous rencontrons la plupart du temps limitent beaucoup les conséquences de cette étude. Il n’est pas rare de pêcher la truite dans moins d’un mètre d’eau ou simplement dans une eau turbide qui limitera quoi qu’il arrive, la vision du leurre. La forme et la taille de la mouche seront alors primordiaux, la couleur secondaire. On fera aussi appel à d’autres sens pour attiser le poisson comme le son (leurres à billes, poppers…) ou les vibrations (ligne latérale).
J’ai lu qu’en cas de temps couvert ou même en soirée, il valait mieux utiliser des mouches sombres.  « Temps clair, mouche claire, temps sombre mouche sombre » disent certains. Je ne suis pas entièrement d’accord avec cet adage même si celui-ci contient sa part de vérité. Mon expérience me fait penser tout autrement.
Les jours de temps maussade ou en soirée après un beau coucher de soleil rougeâtre, les taux d’UV parvenant au sol par diffusion atmosphérique ne sont pas négligeables. D’ailleurs, quand le soleil se couche, la lumière blafarde bleuâtre nous donne un bon indice : la haute atmosphère continue de diffuser les courtes longueurs d’onde et les UV (fortement énergétiques) alors que les longueurs d’onde plus longues (rouge-IR) sont complètement absorbées. Cela est un avantage important pour l’utilisation de mouches à base de matériau fluorescent puisque celles-ci joueront alors pleinement leur rôle, aussi bien dans la pellicule de l’eau qu’en profondeur.

Nous avons vu que l’eau filtrait grandement le rouge-orange mais laissait passer le bleu et les UV. Partant de ce principe, si je veux proposer un leurre rouge-orange à un poissons posté en profondeur, je risque fort d’avoir peu de succès puisque la lumière du jour qui lui parviendra et qui est sensée le rendre lumineux, aura en grande partie été filtrée. Résultat, mon leurre deviendra tout simplement pâle et monochrome de la même manière que si je l’avais monté avec un matériau gris.

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Deux mouches identiques, en apparence. Pourtant, éclairées aux UV (395nm), l’une d’elle prend un tout autre aspect quand l’autre devient une ombre chinoise…

À contrario, si j’utilise un leurre monté avec un matériau fluorescent, les UV qui auront traversé de grandes quantités d’eau sans avoir été filtrés vont pouvoir « activer » la brillance de celui-ci. Cette propriété me permet donc d’avoir un leurre lumineux d’une couleur « impossible » à un niveau d’eau où la lumière du jour n’aurait pas permis de restituer correctement celui-ci.
La revue « Sentier Chasse-Pêche » fait d’ailleurs mention de l’utilisation de leurres fluorescents pour les profondeurs à la page 55 de son numéro de Mai 2013.
Aussi, en soirée, lorsque seules les longueurs d’onde courtes (UV-bleu) sont encore réfléchies par l’atmosphère, alors l’intérêt d’utiliser un leurre qui réagit aux UV grandit puisque une mouche montée avec un matériau normal s’éteindra alors que celle montée avec un matériau fluo demeurera colorée. Bien sûr, une mouche fluo ne « s’allume » pas quand il fait sombre mais le contraste avec les autres matériaux « normaux » demeurera suffisamment intéressant pour faire la différence.

5- CONCLUSION.

Le fait que la truite perçoive ou non les UV ne nous intéresse finalement guère. Nous n’avons pas de leurre produisant ces longueurs d’onde-là ou alors si nous les avons, c’est bien « à l’insu de notre plein gré » puisque notre oeil est incapable de les voir. Par contre, que la truite perçoive les couleurs de manière très proche de la vision humaine, revêt une grande importance.
Le principale défi du pêcheur est de présenter au poisson un leurre qu’il sera capable de percevoir. Or, comme nous l’avons vu, l’eau ne permet pas à la lumière du jour de restituer toutes les couleurs selon la profondeur, transformant nos beaux leurres colorés en d’insipides leurres gris. Cela est vrai, même dans les couches les plus superficielles d’un cours d’eau.
La fluorescence vient à la rescousse du pêcheur. Nous avons vu que grâce au rayonnement UV qui n’est pas perceptible à l’oeil et qui traverse aisément de grandes épaisseurs d’eau, un leurre comportant des couleurs fluorescentes peut alors s’activer comme par magie, produisant des couleurs impossibles à restituer par le simple fait de la lumière visible qui est filtrée par l’eau. Il en est de même dans les conditions d’éclairage particulières telle que lors de la nuit tombante.
L’intérêt d’utiliser des leurres avec des matériaux fluorescents est alors facile à comprendre puisque ceux-ci permettent de garder une bonne visibilité et surtout une information colorimétrique là ou un leurre ordinaire ne deviendra qu’une vulgaire masse sombre. On privilégiera ceux-ci pour des pêches en profondeur, en faible luminosité et par temps couvert où l’indice UV n’est pas forcément bas, bien au contraire ! Ne croyez pas pour autant qu’en plein soleil et à faible profondeur les matériaux fluorescents perdent de leur efficacité, ils sont tout simplement aussi efficaces qu’un autre leurre monté avec des couleurs « normales » proches, ni plus, ni moins.
À vos mouches, prêts… Partez ! 😉

(1)- http://fr.wikipedia.org/wiki/Spectre_visible
(2)- http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/280/1752/20122490.full?sid=ac0653df-2af3-4bff-bd0e-5d3c84e1dccf
(3)- http://www.sexyloops.com/articles/whatsalmonidssee.shtml
Ressources :
« Wath a trout sees, a fly-fishing guide to life underwater »  de Geoff Muller et Romano Tim, Éditions Globe Pequot Press
Revue « Pêche-mouche » n°99, Novembre, Décembre 2013 : « La vision de la truite », page 22.

Nouveau jouet, nouvelle neige.

Je suis un enfant du printemps. N’imaginez pas un enfant courant dans les champs de coquelicots l’air hébété comme Candy courant derrière son raton laveur. Non, je suis un enfant qui a eu la bonne idée de naître deux jours avant le printemps.
J’ai toujours haï l’hiver. C’est paradoxal, j’ai quitté le sud de la France pour m’établir au Québec… Je vous le dis : je suis un type bizarre.
Cette année l’hiver… Ou plutôt devrais-je dire cette année n’est qu’hiver. Ça fait tellement longtemps qu’on se pèle les doigts de pieds avec un mercure qui ne remonte pas en dessus de 0°c qu’on ne se souvient plus très bien quand fut le dernier moment où la douceur de l’air nous chatouillait le nez, où l’on pouvait vaquer à nos occupations halieutiques, les pieds dans l’eau, sans avoir à sortir le scaphandre chauffé. C’était surement en 2012… Non plus longtemps que ça… 2011 ? Je ne sais plus…
Toujours est-il que j’avais l’habitude, enfant, de recevoir mes petits camarades pour le party d’anniversaire en t-shirt et en sandales, barbecue à volonté, gâteau d’anniversaire aux merguez ! Non, ce n’est pas vrai. Je n’ai aucun souvenir de party d’anniversaire, enfant. Mes premiers souvenirs remontent à bien moins longtemps, le temps où pour fêter ses vingt ans on arrosait de vodka ou de tout autre alcool fort, une soirée qui finissait au mieux couché sur une banquette de boite de nuit, au pire, devant la porte d’entrée dont le code aura pris la tangente avec le dernier spasme d’un vomi qu’on essaye maladroitement d’éviter en posant sa tête contre le sol bétonné. Vous l’aurez compris, même pour ça il faut du beau temps ! Un minimum de respect point de vue température, pas -11°c !
Un an de plus ! J’avais fait une petite liste à ma douce qui demandait quel cadeau j’aimerais avoir. Malin je suis, je lui ai fait une liste… de cannes à pêche ! 🙂 Comme ça, pas d’embrouille, le cadeau taperait forcément dans le mille ! Et quel mille !!!
Je n’ai eu rien de moins qu’une belle canne Tenkara SATO, vous savez le modèle le plus cher que vous mettez en désespoir de cause sur la liste en vous disant que ça ne sera pas celle-là qui viendra, vous l’avez mise là uniquement pour faire comprendre à votre douce moitié qu’il y a des trucs bien chers (et bien plus chers encore) que vous aspirez à avoir mais que celle qui est juste après dans la liste fera très bien l’affaire aussi. 🙂
Ce matin, en me levant, j’ai vu qu’il y avait déjà une bonne dizaine de centimètres de neige. Cette année, l’hiver…

Canne Tenkara USA Sato (photo du site Tenkara USA).

Canne Tenkara USA Sato (photo du site Tenkara USA).